Sens de l’indécence

 

Indécent: qui est contraire à la bienséance. Bienséance : caractère de ce qui va bien, de ce qui convient, conduite en rapport avec les usages, respect de certaines formes.

De la peinture sur porcelaine comme un des Beaux-Arts.

L’indécence, au-delà de sa connotation sexuelle, a à voir avec les codes et règles qui dictent nos conduites et nos modèles, ainsi donc avec la hiérarchisation de ses modèles.
Pour trouver un sens à cette indécence et en avoir le sens, l’envie et l’idée m’ont pris de peindre sur la porcelaine et de pailleter des objets. Car nous les voyons et considérons comme choses et décorations vulgaires et les tenons pour des activités secondaires. Elles sont en effet connotées, circonscrites à un champ de pratiques et d’individus. Il est à noter que ces individus semblent être en majeure partie de sexe féminin. La paillette: objet de la parure, du maquillage, du vêtement clinquant et tape-à-l’oeil. La paillette est un piège, un artifice, une ruse, un mensonge. Arme de la cocotte, de l’ingénue, de la faiseuse, elle en jette, éminemment ressemblante à la pratique de l’artiste d’aujourd’hui, qui doit en jeter, aussi.


La peinture sur porcelaine, elle, plus bourgeoise, est dotée du goût inoffensif de la pratique de salon, et non pas du bordel. Activité de bonnes familles, salons de thé, art de recevoir mais aussi art de se montrer et de montrer ses richesses. Les peintres amatrices sur porcelaine sont légions. Elle reste l’expression comme la peinture sur soie, d’un féminin, d’un artisanat, d’un ouvrage, du trousseau, de soirées paisibles au coin du feu, de broderies sages. Peinture sur porcelaine et pailletage nous parlent d’un féminin remisé au rang subalterne, hors des arts nobles.


Hors des sentiers rabattus, je rentrerai donc de cette chasse au sens de l’indécence trouvant du sens à déployer un féminin jusque-là reculée ou éculée. Grinçante ironie cette indécence que de redécouvrir l’enfantine parure de nos envies de poupées, jeux de dînettes et maquillages, par lesquels passe l’apprentissage du devenir-femme. Or si le trousseau n’est plus à faire pour trouver à vivre et à vivre sexuellement dans une société bourgeoise et moraliste, reste à découvrir un devenir-femme de l’art comme on disait femme de lettres. Ce sens de l’indécence passera-t-il par l’acceptation d’une sexuation des oeuvres ou plutôt des ouvrages? Madame Bourgeois Louise nous en parle, aujourd’hui, de son grand âge, cette dame au phallus, qui a brodé, petite fille, des tapisseries (encore un artisanat de sages femmes) avec sa mère.

Fabienne Boisset

« Sinon, je suis aller voir le site de Fabienne et ses peintures sur l'appareil génital féminin me plaisent beaucoup. C'est surprenant de ramener nos profondeurs abyssales à la surface plane d'un mur, de figurer le"continent noir" en couleurs propres et définies à une échelle qui nous rappelle  notre origine :  on est toujours plus petit que ce mystère originel et on pourrait bien repasser dedans ! »

Delphine Rose